L’assurance maladie, le peuple en otage

Toujours dans le contexte d’une hausse perpétuelle des primes d’assurance maladie, nous allons aujourd’hui traiter les problèmes qui apparaissent autour de l’obligation d’assurer.

La couverture maladie pour tous est bien entendu un acquis capital de notre société. Mais quand l’obligation d’assurer est réalisée par des entreprises privées, à savoir les assureurs maladie, des distorsions apparaissent.

Pour commencer, partons d’un système privé-privé, ou des assureurs privés et des prestataires de soins privés évoluent dans le marché avec des clients non captifs, vous et moi donc. Dans cette situation ou les clients ne sont pas obligés de s’assurer, les assureurs, pour augmenter leur chiffre d’affaire, se voient contraints de réduire leurs coûts en négociant avec les prestataires de soins. L’assureur qui réduit les coûts au mieux obtient plus de clients, car les clients comparent leurs primes (je vous invite à aller sur comparis.ch si ce n’est pas le cas !), et choisissent le moins cher, à niveau de prestation égal. Ainsi, le système fait que les assureurs, pour se développer, doivent réduire les coûts, tandis que les hôpitaux et médecins, pour se développer, doivent augmenter leurs recettes. Ces deux objectifs sont opposés, l’un ne peut se réaliser sans que l’autre ne soit en échec. Dans pareil système, qui ressemblerait à notre système actuel – l’obligation de souscrire en moins – , les coûts sont maitrisés par cette lutte perpétuelle entre les trois protagonistes. Pensez au jeu de la corde ou chacun tirerait de son coté. Au centre, on aurait les coûts de la santé, qui se traduisent par un niveau de primes, à gauche, les assureurs, et à droite,  les prestataires de soins.

A la lumière de cette situation fictive, traitons le cas pratique. En Suisse, l’obligation d’assurer existe, et elle force chacun à s’assurer en souscrivant une assurance maladie. Ce léger changement viens rompre l’équilibre des forces expliqué plus haut. En effet, dans notre cas, les assureurs maladie n’ont aucun intérêt à réduire le montant des primes pour attirer plus de clients puisque peu importe le niveau des primes, les gens devront s’assurer. Pire, ils ont vocation à voir augmenter les primes puisque cela augmente par la même leur chiffre d’affaire. D’ailleurs, chaque fois que le débat sur l’assurance maladie est relancé, les assureurs nous parlent de leur frais de gestion qui n’ont pas augmenté, en proportion, restant toujours autour des 5%. Oui, mais vous en conviendrez, 5% d’1 milliard, ce n’est pas la même chose que 5% de 10 milliards. Dès lors, en reprenant notre image précédente de jeu à la corde, les deux protagonistes se retrouvent à tirer du même coté de la corde. Chacun a intérêt à augmenter son chiffre d’affaire en faisant grimper les primes, à la fois les assureurs qui voient leur chiffre d’affaire augmenter de manière organique, mais également, évidemment, les médecins et professionnels de la santé.

Concernant le troisième protagoniste, le consommateur de soin, il est à la fois dans une situation ou il n’est pas en mesure de juger l’utilité d’un soin, comment pourrais-je savoir, à moins d’être médecin, qu’un IRM dans mon cas n’est absolument pas utile ? Et à la fois empreint d’un sentiment commun, celui d’avoir le droit à des prestations puisqu’il paie « autant ». L’effet forfait entraine le consommateur à se dire « J’ai payer pour des soins, j’ai enfin atteint ma franchise, j’ai bien le droit d’être soigné à la hauteur de mes dépenses ». On voit donc que le 3ième protagoniste, lui aussi, inconsciemment ou pas, et volontairement ou pas, tire du même coté de la corde que les 2 autres.

Nous avons ici traité des problèmes structurels de notre assurance maladie, c’est à dire de problèmes qui existeraient quand bien même nous vivrions dans un monde parfait ou il n’y aurait aucun autres abus en aucun genre. Dans les faits, de nombreux autres problèmes existent, citons notamment certains cas de médecins qui facturent pour plus de 24h de soins en une seule journée, ou le cas des hôpitaux qui préconisent des soins non nécessaire pour rentabiliser des machines qui présentent des investissements couteux. Certains diront que le problème viens des assureurs maladie. Bien sûr ces raisons doivent représenter une part du problème, mais la situation est telle, nous l’avons vu plus haut, que quoi que l’on fasse le système en l’état incite à l’augmentation des coûts de la santé.

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